LES JEUNES, LA FOI ET LE DISCERNEMENT VOCATIONNEL

Eunan McDonnell

Soyez aussi franc que vous le souhaitez : les supérieurs aiment être interpelés à partir de votre expérience, aidez-nous à comprendre comment les jeunes nous poussent, nous les religieux, à être des signes et des outils susceptibles de les aider à découvrir leur vocation dans l’Église, quelle que soit la direction qu’ils prendront, et d’aider l’Église et nous-mêmes à redécouvrir nos vocations!

J’ai pris le conseil de l’USG à la lettre et, plus que donner des réponses, j’espère soulever des questions, qui découlent de mon expérience d’accompagnement des jeunes et qui pourront susciter la réflexion et le débat. Mon expérience est évidemment limitée – je parle à partir d’un contexte culturel donné et de la tradition salésienne – mais cette expérience dépasse en réalité la situation particulière et soulève des questions qui sont universellement valables pour notre culture sécularisée et sécularisante d’aujourd’hui. Afin de faciliter cette analyse, je voudrais proposer la rencontre avec Zachée (Lc19, 1-10) comme cadre possible pour étudier les thèmes de la foi, de l’accompagnement vocationnel et du discernement auprès des jeunes. Or, avant d’entreprendre cette analyse, il faut que j’affirme le fondement essentiel de tout appel vocationnel :

Laissez-vous aimer par Dieu[1]

Ces paroles de sainte Élizabeth de la Trinité résument la vocation primaire de chaque personne humaine. Tout choix vocationnel est une réponse qui découle du fait d’être aimé par Dieu. Comme le disciple bien-aimé nous le rappelle, il ne s’agit pas premièrement de notre amour pour Dieu, mais de Dieu qui nous aime le premier (1Jn 4,10). L’Évangile est donc, comme le dit précisément le pape émérite Benoît, une « histoire d’amour », l’histoire de Dieu  en quête de son amour perdu, le plus grand roman d’amour.[2]

Avant de faire quoi que ce soit pour Dieu, nous sommes appelés à nous laisser aimer par Lui dont l’amour nous a donné la vie naturelle (création) et la vie surnaturelle (baptême) par laquelle nous participons à la vie du Fils, car l’Esprit d’amour a été répandu dans nos cœurs (Rm 5,5). En entrant dans notre Château intérieur, et en passant à travers diverses demeures jusqu’à notre centre le plus profond, nous devenons conscients du Dieu immanent (sainte Thérèse d’Avila).  Notre cœur est « le paradis de Dieu »[3] (saint François de Sales) car nous sommes « la demeure où il habite, la retraite et le lieu secret où il se cache (saint Jean de la Croix) … [nous ne pouvons] pas exister sans lui. Voici, dit l’Époux, que le Royaume de Dieu est au-dedans de nous. »[4]  L’un des principes fondamentaux de l’accompagnement spirituel consiste donc non pas à apporter aux jeunes un Dieu absent, mais plutôt à cheminer avec eux à la découverte du Dieu qui habite déjà dans leur cœur. Certes, cela présuppose que l’accompagnateur ou le directeur spirituel ait fait ce parcours dans son propre cœur afin de cheminer avec le jeune dans sa découverte de la présence de Dieu.

Toute vocation est alors vivre ce mystère, comme l’exprime de façon concise cette maxime salésienne : Vivre Jésus ! C’est vivre notre vocation baptismale par laquelle nous avons été incorporés dans le Christ. Notre « vie tout entière consiste à rendre vivante cette réalité. Nous devons devenir chaque jour un peu plus ce que nous sommes déjà au baptême et ce que Jésus est de par sa nature : un Fils de Dieu. »[5] Comme dit saint Élizabeth de la Trinité : « Que l’Esprit d’amour … fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe : que je sois pour Jésus une humanité de surcroît en laquelle il peut renouveler tout son Mystère. »[6]

Nous sommes créés à partir de l’amour (archéologique) et destinés à l’amour (téléologique), tel est le courant qui fait avancer la vie religieuse, comme l’illustrent le principe  et le fondement ignatiens (Les Exercices spirituels) ou le reditus ad cor monastique. Comme le proclame Jean-Marie Howe :

Le chemin de retour est un chemin du cœur.  La vie monastique est un doigt pointé vers l’intérieur, indiquant le sentier qui mène au tréfonds, au vrai soi : le chemin de reditus ad cor.  Quand nous revenons au cœur, nous revenons à nous-mêmes ;  nous proclamons nôtre le paysage intérieur du cœur. La vie monastique est essentiellement un processus d’éveil du cœur dormant, de libération de la vie en nous, de suite de son exemple.[7]

L’un des premiers buts de la direction spirituelle est de donner aux jeunes les moyens de se reconnecter avec leur être le plus profond, avec leur cœur et, à partir de là, faire des choix et prendre des décisions. C’est en reconnaissant qui ils sont, étant aimés par Dieu, qu’ils découvrent en leur for intérieur leurs dons comme un appel à servir le monde.

« Cette intuition est recelée dans le terme “vocation”, dont la racine latine signifie “voix.” La vocation, ce n’est pas un but que l’on poursuit, c’est un appel que l’on entend. Avant de dire à ma vie ce que je veux faire d’elle, je dois écouter ma vie qui me dit qui je suis. »[8]

Déconnecté de son cœur, le jeune court le risque de suivre un idéal ambitieux qui est irréel et qui est une déformation de son vrai moi. Il « finira par vivre de l’extérieur, et non de l’intérieur […] Cette manière de vivre peut être noble, mais ce n’est pas sa propre vie, c’est une vie qui imite les héros au lieu d’écouter le cœur. »[9] Le parcours vers le cœur est un parcours vers le vrai soi, où nous découvrons que Dieu demeure, noverim me, noverim te (saint Augustin). Comme nous le rappelle saint Irénée, nous rendons gloire à Dieu en devenant la personne que Dieu a créée pour nous. Dans cette tradition, saint François de Sales écrit : « Soyons ce que nous sommes et soyons-le bien, pour faire honneur au maître ouvrier dont nous sommes la besogne. »[10] À un autre correspondant, il écrit de façon encore plus convaincante : « Ne semez point vos désirs dans le jardin d’autrui ; cultivez seulement bien le vôtre ; ne désirez point de ne pas être ce que vous êtes, mais désirez d’être fort bien ce que vous êtes … Croyez-moi, c’est là le grand mot le moins entendu de la conduite spirituelle. »[11] Ces conseils sont particulièrement pertinents pour les jeunes en plein développement humain et spirituel. S’il est déconnecté de son cœur, ou de son centre le plus profond, le jeune va probablement chercher une source externe ou bien sera tenté d’imiter les autres. « Soyez qui vous êtes » contient un appel à devenir la personne que Dieu a créée pour vous avec l’avertissement qui l’accompagne «ne désirez point de ne pas être ce que vous êtes. » Le rôle de l’accompagnateur spirituel est de révéler ce potentiel au sein du jeune et de « prévenir » tout ce qui pourrait nuire à son développement. S’il est vrai, comme dit saint François de Sales, que chaque jeune est le chef-d’œuvre de Dieu,[12] le sommet de la création[13] et « son ouvrage »,[14] il est également vrai que chaque jeune est « un ouvrage inachevé ». En cheminant avec les jeunes, afin de leur permettre de faire des choix qui reflètent leur bonté intérieure, l’accompagnateur spirituel collabore activement avec le jeune à l’œuvre de création de Dieu.

  1. Jésus, étant entré dans Jéricho, traversait la ville. Et voici, un homme riche, appelé Zachée (Lc 19,1-2)

Jésus traverse la ville. Dans autres traductions, l’idée de Jésus ‘passant à travers’ Jéricho est bien mise en évidence. Il n’a donc pas l’intention de s’arrêter, mais il le fait pour répondre au désir de Zachée de le rencontrer. Nous sommes aussitôt confrontés à la spiritualité de l’interruption : nous pouvons être sûrs que dans la pastorale des jeunes nous serons souvent appelés à mettre de côté nos plans pour répondre aux besoins des jeunes. Comme ils n’agissent pas en fonction de notre emploi du temps, il faut que nous fassions preuve d’une véritable ascèse pour être ouverts et disponibles aux jeunes. Le plus souvent, les jeunes ne s’approchent pas de nous pour chercher une direction spirituelle, mais pour que nous les aidions à résoudre un problème ou une difficulté qu’ils vivent à ce moment-là. Par conséquent, le début du voyage a souvent lieu dans des situations informelles où le directeur spirituel et le jeune sont engagés dans d’autres activités qui ne sont pas directement liées à la direction spirituelle. Au fil du temps, les rencontres peuvent devenir plus formelles, régulièrement espacées, ou même avoir lieu par rendez-vous.

Au départ, on peut avoir l’impression de perdre du temps, mais vous pouvez être certains que ce « temps perdu» est essentiel pour que le jeune grandisse dans la confiance. Au fur et à mesure que la relation se développe, ils nous interrogent, dans bien des cas, sur la raison pour laquelle nous avons choisi ce mode de vie. De telles questions masquent souvent leur propre recherche d’un sens et d’un chemin à suivre. Nous devons nous laisser interpeller par les jeunes, même si de telles questions peuvent nous mettre mal à l’aise. Si notre mode de vie est trop inaccessible aux jeunes, alors nous nous protégeons et nous ne nous laissons pas interroger ou interpeller par eux. N’est-ce pas ce qui sous-tend l’appel du pape François à devenir des « pasteurs pénétrés de l’odeur de leur brebis »[15] et à « ouvrir nos portes de sorte que si quelqu’un veut suivre une motion de l’Esprit et s’approcher pour chercher Dieu, il ne trouve pas une porte close »[16] ? Nous pouvons collaborer avec les jeunes à diverses activités, mais nous séparons-nous d’eux quand il s’agit de la prière communautaire? Dans quelle mesure notre prière communautaire est-elle accessible aux jeunes?

Nous commençons par ce qui préoccupe le jeune, mais au fur et à mesure que le dialogue avance, le problème présenté devient moins important et nous commençons à analyser ce que Dieu leur dit à travers cette situation de vie. Souvent l’essence de leur insatisfaction, de leur mécontentement, de leur frustration ou de leur dilemme, c’est une déconnexion de leur cœur. Cela peut sembler étrange, mais il est souvent vrai que nous pouvons vivre à distance de nous-mêmes. Souvent nous ne sommes pas à la maison avec Dieu qui habite en nous, parce que c’est nous qui sommes sans abri. Cela est particulièrement vrai pour les jeunes adultes, chez qui la pression de leurs pairs a une influence si forte que de nombreux jeunes doivent se montrer à la hauteur des attentes des autres. Il peut y avoir une tendance trop humaine à rechercher l’approbation des autres, « la peur de la façon dont les autres nous voient, désirant éviter leur jugement ou désirant leur admiration. » Nous n’atteindrons réellement la liberté intérieure que lorsque nous apprendrons à nous regarder à la manière dont Dieu nous regarde à travers son Fils, « sous le regard miséricordieux et aimant du Seigneur ».[17]

Déconnectés de leur propre cœur, sans ce havre intérieur, ils se retrouvent à la dérive dans la mer de la vie et finissent par s’égarer. Ceci est particulièrement vrai dans le domaine des relations humaines. Les jeunes qui cherchent l’amour se contentent souvent de moins, s’adaptant aux désirs de l’autre en raison de leur besoin d’être aimé. Par conséquent, ils se retrouvent piégés dans des relations malheureuses ou bien éprouvent le sentiment d’être exploités, et sortent ainsi de cette expérience avec des blessures. Quand les relations sont problématiques, la direction spirituelle se focalise sur ce que Dieu dit à travers la relation. Que révèle-t-elle à propos de mon cœur ? Est-ce de l’auto-gratification que je cherche ? Suis-je invité à me dépasser pour le bien de l’autre ? Suis-je appelé à la tolérance, à la patience ou au pardon? Par cet accent mis sur ce que Dieu dit au sein de cette relation et à travers elle, la direction spirituelle se distingue du conseil ou d’autres relations d’aide.[18]

  1. Et voici, un homme riche, appelé Zachée, chef des publicains, cherchait à voir qui était Jésus (Lc 19,2)

Malgré sa richesse, Zachée reste insatisfait. De la même manière, les jeunes vivent aujourd’hui dans une culture qui repousse souvent les questions les plus profondes, notamment en matière d’engagement, et encourage le syndrome de L’Oréal, c’est-à-dire à embellir sa propre image, à amasser des richesses matérielles et à s’amuser parce que « Je le vaux bien ! » Aujourd’hui, Dieu appelle-t-il moins de personnes ou bien est-ce plus difficile d’entendre son appel ? Au milieu de toutes les voix concurrentes qui émanent de notre culture, des médias sociaux, d’Internet et face à une nette aversion envers le silence, comment est-il possible d’entendre la petite voix de Dieu alors qu’il murmure dans notre cœur ? Comme l’écrit le père Pascual Chavez:

Les jeunes d’aujourd’hui vivent souvent dans un environnement qui ne favorise pas la vie spirituelle. Ils baignent dans une culture du consumérisme et du profit, de la jouissance personnelle et de la satisfaction immédiate des désirs. D’autre part, nous trouvons chez les adolescents et les jeunes une recherche de la vie intérieure, un effort de découvrir leur propre identité et une ouverture à chercher une expérience du Transcendant.[19]

Nous vivons dans un monde où les valeurs religieuses sont souvent en contradiction avec ce qui est promu et où les personnes se déclarent souvent « spirituelles et non religieuses ». Cette reconnaissance du spirituel témoigne du fait qu’il existe une réalité plus profonde que celle matérielle, et pourtant, même le spirituel est une notion ambiguë qui nourrit souvent un certain narcissisme. Contrairement à la religion, qui est relationnelle et orientée vers la communauté, la spiritualité, comme tout « produit », est là pour me faire sentir mieux.

Nous vivons dans un monde qui s’est rapidement sécularisé et qui est sécularisant, et la vie consacrée n’est pas à l’abri. M.P. Gallagher affirme que, en ce millénaire, l’apathie est devenue la forme dominante d’incroyance, non seulement en Irlande mais dans tout le monde occidental. Il existe une nouvelle génération de « jeunes adultes baptisés dont les expériences formatrices avec la religion ou l’Église sont si minces qu’elles sont inexistantes» et pour qui « Dieu est absent mais il ne leur manque pas ».[20] Ceux qui prennent le chemin de la foi au sérieux se sentent souvent isolés et non soutenus et assistent au « grisonnement et videment » de l’Église.[21] Les jeunes, aujourd’hui, sont « les héritiers d’une condition ‘moderniste’ qui a connu la mort de Dieu, l’effondrement de la chrétienté et la certitude d’avoir perdu la vérité. » Les générations précédentes ont réussi à « conjurer le sentiment de cataclysme en l’ignorant, en continuant à vivre, ou en se disant que les choses allaient sans cesse s’améliorer. »[22]

David Walsh offre une analyse fascinante expliquant comment la révolte contre Dieu et la divination de l’humanité corrélée à celle-ci ne sont pas un phénomène purement moderne (Voegelin), mais le bout d’un processus qui s’est déployé dans la civilisation occidentale depuis l’effondrement de la synthèse médiévale entre l’ordre spirituel et l’ordre temporel. Tout le processus de sécularisation n’est donc pas la suppression du sacré mais « l’absorption du sacré par l’être humain, à travers des expériences gnostiques dans la mesure où celles-ci sont une expansion de l’âme entraînant Dieu dans l’existence d’homme ou femme. »[23] Nous n’avons plus besoin de Dieu parce que nous sommes devenus Dieu. En effet, l’altérité de Dieu ayant été abolie, une fusion de l’essence humaine et de l’essence divine s’ensuit, qui abroge la transcendance de Dieu et, en même temps, supprime mon statut de créature. Cela est particulièrement évident dans le phénomène de la spiritualité du Nouvel-Âge, qui n’a pas épargné la vie religieuse. Nous devons nous interroger et nous poser les questions suivantes : cette pseudo-spiritualité a-t-elle remplacé une spiritualité évangélique authentique dans la formation des jeunes religieux ?   Dans son désir d’être pertinente, la vie religieuse a-t-elle cherché ce qui est nouveau et novateur et supprimé ce qui est essentiel ? Y a-t-il eu une psychologisation de l’Évangile ? Dans la volonté de développement holistique et de formation, le spirituel a-t-il été remplacé par le psychologique ? Je soulève ces questions parce qu’elles nous mènent à une question importante : avec quoi nourrissons-nous les jeunes ?

Donnez-leur vous-mêmes à manger (Mc 6,37) … Les jeunes ont faim. Comme la femme au puits qui restait insatisfaite car, bien qu’ayant eu maintes relations, elle gardait un grand désir « d’eau de vie » (Jn 4,14). Dans l’esprit humain, il y a une soif qui ne sera étanchée par rien d’autre que par Dieu. Le rejet, ou la négligence, des pratiques traditionnelles catholiques parmi les jeunes, et le fait de se tourner vers d’autres spiritualités, indiquent encore cette soif inhérente de l’esprit humain. La NSYR (étude nationale sur les jeunes et la religion) enquête sur la foi des jeunes aujourd’hui, conjointement aux pratiques et aux croyances des adolescents et de leurs parents.[24] La conclusion est sans surprise : « Les religions qui sont aujourd’hui dominantes parmi les adolescents états-uniens sont celles qui donnent une place centrale au fait de se sentir bien, heureux, à l’abri et en paix… le fait d’obtenir un bien-être subjectif, d’être capable de résoudre les problèmes, et de bien s’entendre avec les autres. »[25]  En réfléchissant sur ce sujet, Kenda Creasy Dean affirme que : « L’Église semble avoir offert aux jeunes une sorte de « théologie à la carte », une religion au rabais, à bon marché mais satisfaisante, dont le dieu est très peu exigeant en termes de fidélité et de sacrifice, plus facile à digérer que celle qui demande de sacrifier sa vie pour les autres »… L’importance d’être gentil, de se sentir bien, et de garder Dieu pour les urgences.[26] Dans ce contexte, l’image clé est celle d’un Dieu majordome ou maître-nageur, qui observe dans l’ombre en attendant d’être appelé, qui écoute sans porter de jugement et qui aide les jeunes à se sentir bien dans leur peau. « La plupart des adolescents n’étaient pas préoccupés de décevoir Dieu. Tant que Dieu demande peu, les adolescents se sentent libres d’investir peu. Chacun est heureux. »[27] En me basant sur mon expérience personnelle avec les jeunes, j’ajouterai que cette forme de Déisme moraliste thérapeutique peut être résumée par une phrase : Dieu nous aime inconditionnellement. Nous apprenons des Écritures que l’amour de Dieu est durable et immuable (Jc 1,17), inébranlable (Ps 136), fidèle (Dt 7,9), mais cet amour est-il décrit comme un amour inconditionnel ? Est-ce que cela vient de l’Écriture ou est-ce quelque chose que la psychologie a transféré à la spiritualité au sens de regard positif inconditionnel ? Si par le passé nous avons souffert d’une mentalité janséniste qui inculquait une crainte impie de Dieu, y a-t-il eu un revirement aujourd’hui ? Être nourri par l’amour inconditionnel de Dieu se traduit souvent chez les jeunes en peu importe ce que tu fais, Dieu t’aimera toujours. L’amour évangélique nous impose-t-il des exigences ? En racontant l’histoire chrétienne aujourd’hui, nous sommes confrontés à « une crise de crédibilité. »[28] Les temps qui changent ont laissé un sentiment de décalage par rapport au monde des jeunes. Combien d’entre nous sont aujourd’hui aussi séculiers que le monde qui nous entoure ? Avons-nous opté pour une forme de médiocrité dépourvue d’énergie et de stimulation ? Sommes-nous passés à l’hyper-activisme ?[29]

  1. Il cherchait à voir qui était Jésus ; mais il ne pouvait y parvenir à cause de la foule (Lc 19,3)

Comme Zachée, cette anxiété du cœur nous pousse à rejeter le fini comme dernière demeure, car l’esprit humain est fait pour l’infini, mais cet élan peut être facilement court-circuité par « la foule. » Vivons-nous la vie consacrée de façon à témoigner toujours de cette soif du transcendant ou bien nous sommes-nous installés confortablement et sommes-nous devenus moins ambitieux ? Si nous avons joué le rôle de la foule en empêchant une jeune personne de rencontrer vraiment Jésus, est-ce imputable à notre mode de vie? 

Aujourd’hui les jeunes nous appellent à être des femmes et des hommes de prière. Ils ne sont pas impressionnés par ce que nous faisons parce qu’ils voient de nombreuses organisations séculières faire le même travail, ils veulent savoir pourquoi nous le faisons. Voient-ils en nous des hommes et des femmes qui ont « mis de côté la prière, disant que nous devons chercher Dieu dans l’humanité ; et en cherchant Dieu, nous avons abandonné Dieu. »[30]  De maintes façons, Dieu disparaît ou s’éclipse du monde. Notre tâche consiste à ramener Dieu dans une conversation normale. Je ne veux pas dire forcément parler de Dieu, mais témoigner de Dieu afin que notre mode de vie soulève la question sur Dieu. Les jeunes, veulent-ils répondre à la question que Jésus a posée à ses disciples : Qui dites-vous que je suis ? (Mc 8,29). Ils veulent savoir si nous avons une relation avec le Dieu vivant et, si nous l’avons, comment cette relation influence-t-elle notre mode de vie, nos choix, nos décisions etc.

Seigneur, enseigne-nous à prier (Lc 11,1)Le témoignage de Jésus absorbé par la communion d’amour avec son Abba-Père éveille dans le cœur de ses disciples une faim immédiate de prière. Notre mode de vie, évoque-t-il une réponse similaire chez les jeunes? En particulier pour les congrégations qui sont engagées dans le ministère actif, la prière est-elle une vraie valeur ou une valeur théorique ?[31] En ma qualité de salésien, je crois que notre hérésie fondamentale consiste à regarder Don Bosco et à essayer d’imiter le travail qu’il a fait, sans avoir avec Dieu l’union que lui avait. Souvent nous sommes simplement actifs, là où, pour Don Bosco, son œuvre n’était qu’un débordement de sa relation avec Dieu (extase d’action).  Ceux qui ont connu Don Bosco l’ont bien décrit comme un homme de prière : « Si vous voulez vivre selon l’esprit de Don Bosco, vous ne devez jamais perdre de vue sa vie intérieure… la vie intérieure est le sens spirituel qui doit toujours nous accompagner, c’est la présence en nous de Dieu, qui est évoqué, invoqué et aimé. » (Bienheureux Philippe Rinaldi).

En conséquence, la prière est comprise non pas comme quelque chose que nous faisons, mais comme une réponse à Dieu, qui nous attire sans cesse. C’est Dieu qui prend l’initiative. Nous sommes invités à répondre par l’amour à Dieu qui nous a aimés le premier en nous donnant la vie. Sainte Thérèse de Lisieux disait que la prière n’est pas principalement une activité mais un moyen d’être avec Dieu, qu’elle relève du cœur, à chaque instant de notre vie, au sein de l’épreuve comme au sein de la joie.[32] En bref, la prière, c’est permettre à nous-mêmes d’être possédés par l’amour de Dieu qui veut établir une amitié mutuelle profonde avec nous. Pour créer cette amitié, nous avons non seulement besoin d’un temps de prière, nous devons aussi être conscients que certains modes de vie facilitent la prière et que d’autres l’entravent.[33] Sainte Thérèse d’Avila souligne cet aspect de la prière : l’amitié avec le Christ[34] qui contrecarre la tendance narcissique du Déisme moraliste thérapeutique. Par la pratique de la prière, le centre de gravité passe petit à petit du soi à Dieu. Il est toujours important d’aider les jeunes à devenir conscients de l’image clé qu’ils ont de Dieu dans ce parcours de prière. Il y aura toujours un conflit entre l’idée qu’ils ont de Dieu et le Dieu qu’ils rencontrent dans la prière ; le Dieu qu’ils ont créé à leur propre image et ressemblance et le Dieu des surprises qui fait irruption à travers la prière. D’après mon expérience, les jeunes sont souvent incapables de s’exprimer quand ils doivent communiquer ce qui se passe dans leur prière. Il est donc important de les encourager à réfléchir sur leur expérience, à examiner leur prière et à garder un journal de prière. Introduire les jeunes à différentes méthodes de prières revêt la plus haute importance et aux premiers stades de la prière mentale, il est essentiel d’avoir une méthode ou structure particulière. De même que pour toute construction, il faut un échafaudage, la prière mentale requiert au début des soutiens qui pourront ensuite être abandonnés, au fur et à mesure que l’on avance dans la prière. L’Écriture a un rôle charnière dans la prière parce que « la Parole de Dieu nourrit une relation personnelle avec le Dieu vivant. »[35]

Pourquoi la prière est-elle si essentielle à notre mode de vie consacrée, quelle que soit la manière dont elle est exprimée ? C’est très simple, parce que

moins nous prions, plus Dieu se perd dans le lointain. Il devient lentement une « idée » qui n’a pas de sens ni de vie. Personne ne veut être, avoir des relations ou vivre avec une idée ; ce n’est pas stimulant pour nous en cette période de lutte ou de défi. C’est ainsi que Dieu cesse d’être Quelqu’un et s’estompe au point d’être une réalité distante et absente … si nous arrêtons de prier pour une longue période, Dieu « meurt! » … non pas en Lui-même, mais Il meurt dans notre cœur. Dieu « meurt » comme une plante fanée que nous avons oublié d’arroser. [36]

Comme nous le rappelle saint Bernard :

C’est pourquoi si vous êtes sage, vous serez semblable au bassin, non au canal d’une fontaine. Le canal répand l’eau au dehors presque en même temps qu’il la reçoit, mais le bassin ne se répand que quand il est plein, et communique alors ce qu’il a de reste sans se faire préjudice … Nous en avons aujourd’hui beaucoup dans l’Église qui ressemblent au canal, et peu qui ressemblent au bassin… Apprenez donc aussi à ne répandre que de votre plénitude, et ne soyez pas plus libéral que Dieu.[37]

  1. Il courut en avant, et monta sur un sycomore pour le voir, parce que Jésus devait passer par là (Lc 19,4)

Dieu respecte la pépite du désir dans son cœur et l’effort qu’il fait pour se mettre en position de rencontrer Jésus. Il n’a jamais rencontré Jésus, mais il a le désir de le faire. En tant que religieux consacrés, chacun d’entre nous a sans aucun doute son propre sycomore où Dieu nous a rencontrés, mais à un niveau plus profond, nous pouvons nous demander si la vie religieuse est aujourd’hui un sycomore pour les jeunes? Leur offrons-nous un point de vue à partir duquel ils peuvent regarder les choses différemment, découvrir ce qui est vrai au lieu des vérités contrefaites qui sont souvent colportées? Nos communautés religieuses sont-elles prêtes à prendre des risques pour notre foi? N’offrons-nous pas seulement des occasions de rencontrer Jésus, mais aussi d’accompagner les jeunes dans leur cheminement avec le Seigneur? Le pape François écrit :

J’invite chaque chrétien, en quelque lieu et situation où il se trouve, à renouveler aujourd’hui même sa rencontre personnelle avec Jésus Christ ou, au moins, à prendre la décision de se laisser rencontrer par lui, de le chercher chaque jour sans cesse. Il n’y a pas de motif pour lequel quelqu’un puisse penser que cette invitation n’est pas pour lui, parce que « personne n’est exclu de la joie que nous apporte le Seigneur ». Celui qui risque, le Seigneur ne le déçoit pas, et quand quelqu’un fait un petit pas vers Jésus, il découvre que celui-ci attendait déjà sa venue à bras ouverts.[38]

Créer un sens de communauté où les jeunes peuvent partager leur foi devient de plus en plus essentiel dans un monde où la foi est reléguée à la sphère privée et souvent  tournée en ridicule. En réalité, les jeunes ont un grand désir de communauté, un sens d’appartenance et de sécurité dans un monde où les relations deviennent très fragmentées et sans engagement.

Pour les jeunes idéalistes, la réalité très humaine de la communauté de vie peut mener à une certaine déception, voire un désenchantement. Comment répondons-nous à leurs critiques ? Il est nécessaire de faire preuve de discernement en ce qui concerne leurs critiques : 1) En tant que communauté, nous ne devons pas nous mettre sur la défensive car de telles critiques peuvent être « prophétiques » et nous pousser à raviver l’enthousiasme initial de notre engagement originaire et mettre en question des modes de vie auxquels nous avons pu nous s’habituer. 2) D’autre part, les critiques peuvent émaner d’un idéalisme qui n’apprécie pas notre humanité blessée et brisée qui a besoin de compassion. Saint Bernard aurait dit : « S’il n’y a pas un membre difficile dans votre communauté, sortez et aller en chercher un !» Si de telles critiques émergent d’un esprit en colère, accusateur ou jugeant, alors elles pourraient bien être une invitation aux jeunes à regarder à l’intérieur ce qui se passe dans leur propre cœur. Sont-ils invités à fortifier leur compassion, leur tolérance, leur acceptation et même leur pardon envers ceux avec qui ils partagent leur vie? C’est là que l’accompagnement spirituel est essentiel, car il peut y avoir une tendance narcissique à penser que la communauté existe pour répondre à ses propres besoins, au lieu d’apprendre à se transcender afin de devenir un don pour les autres. Il est nécessaire de trouver un équilibre entre la prise en compte des nouvelles demandes qui nous sont faites par les jeunes et la mise en question que nous pouvons proposer aux jeunes avec délicatesse, en nous basant sur la sagesse héritée au fil des âges qu’exigent certaines pratiques dont la valeur n’est pas immédiatement apparente.

  1. Lorsque Jésus fut arrivé à cet endroit, il leva les yeux et lui dit: « Zachée, hâte-toi de descendre ; car il faut que je demeure aujourd’hui dans ta maison. » (Lc 19,5)

Quelque chose de nouveau se produit dans la vie de Zachée, c’est la première fois que quelqu’un lève le regard vers lui ! Mais que s’est-il produit dans ce regard entre Jésus et Zachée ? Qu’est-ce qui a été communiqué ? Qu’est-ce qui a été échangé ? Il me semble pouvoir deviner que ce « regard » communique l’amour de Dieu, un amour qui transforme le cœur de Zachée ; un cœur qui s’était rétréci pour diverses raisons et que l’amour élargira à nouveau. Zachée vit lui-même l’expérience d’être aimé par Dieu, ce qui suscitera par la suite sa réponse généreuse, car il est maintenant en mesure d’écouter son cœur.

Le fait que Jésus s’arrête et le remarque indique l’essence de la compassion et un premier pas nécessaire dans la direction vocationnelle. Quel est l’endroit où les jeunes rencontrent Jésus? Dans le monde des jeunes aujourd’hui, ce sont probablement les relations et les moyens de communication. Nous devons nous arrêter, prendre conscience, les voir. Bien sûr, Jésus profite de l’occasion pour éduquer la foule, dont les préjugés sont ainsi amenés à la surface. Jésus sait lire les cœurs, mais il connaît aussi son nom – il l’appelle Zachée ! Ce faisant, il l’incite « à reconnaître celui qui vous reconnaît. Car je vous connais, non d’une manière générale parmi d’autres, mais personnellement. »[39] Chaque invitation vocationnelle est un appel personnel, nous sommes appelés par notre nom, et la tâche des religieux consacrés est de faciliter une telle rencontre. L’accompagnement vocationnel ne devrait pas, en fin de compte, viser uniquement la formation spirituelle de groupe pour les jeunes,  il devrait viser aussi cette amitié spirituelle très individuelle. L’amitié spirituelle personnelle du jeune est « l’élément fondamental de tout ministère des jeunes et des vocations».[40] Sans cette amitié spirituelle individuelle, toute formation de groupe sera laissée inachevée.[41]

L’histoire de Zachée illustre plusieurs éléments que nous trouvons dans l’appel vocationnel et dans le parcours de beaucoup de jeunes. Il y a un désir d’être accepté et aimé. Tout comme nous ne pouvons pas faire abstraction du contexte culturel dans lequel les jeunes sont appelés, nous ne pouvons pas non plus faire abstraction de leur histoire personnelle qui les a amenés à ce point de recherche et d’interrogation. Il y a généralement un manque, ils cherchent ; leur cœur aussi a rétréci à cause de diverses expériences de vie. Dans la société occidentale en particulier, il y a une détérioration de la vie familiale et, en particulier, d’après mon expérience de direction spirituelle avec les jeunes, il y a ce que j’appellerais une « blessure du père ». Beaucoup de jeunes qui voient leur père comme étant physiquement absent, non disponible ou lointain sur le plan affectif, considèrent le directeur comme un substitut de la figure paternelle. Souvent des problèmes existent avec la mère, mais il me semble que la « blessure du père » est plus fréquente chez les jeunes, hommes et femmes. Ce besoin non satisfait d’affection et de reconnaissance est reproduit alors par le jeune, qui cherche désespérément chez le directeur spirituel l’approbation/l’attention qu’il n’a pas reçue chez lui. Cela n’est pas sans danger parce que si cette relation affectueuse n’est pas soigneusement protégée, elle risque de devenir une relation de co-dépendance qui peut évoluer vers la séduction et/ou l’abus. Il faut que l’attention reste sur la relation du jeune avec Dieu, non pas sur les sentiments et la situation de vie du jeune, mais sur ce que Dieu lui communique dans et à travers de telles expériences. Pour ce faire, une compréhension correcte de « l’amitié spirituelle » est nécessaire, comme en témoigne la tradition salésienne. L’une des qualités qui définissent une amitié spirituelle et qui la distinguent de l’amitié naturelle, c’est qu’elle est centrée sur l’amour de Dieu. La relation primaire qui doit être partagée avec les autres étant l’amour de Dieu, cette relation est toujours triangulaire dans la mesure où elle implique le directeur, celui qui est dirigé et surtout Dieu. Saint François de Sales conclut que le Saint-Esprit est « l’auteur de telles amitiés » et que les personnes dont le cœur est dans le cœur de Dieu entraînent les autres dans « une union semblable. »[42] Une telle approche nécessite une surveillance continue pour empêcher que la relation de direction spirituelle dégénère en auto-gratification pour le directeur, quand ses besoins sont satisfaits.

Comme pour le « demeurer » johannique (μενω), l’invitation lucanienne à Zachée reconnaît la nécessité de ne pas simplement accueillir Jésus mais d’aller plus loin : rester, demeurer avec lui. Dans l’histoire d’Emmaüs, les disciples invitent aussi Jésus à rester avec eux, mais ici nous avons un renversement intéressant : c’est Jésus qui reste avec Zachée et qui ne tolérera aucun retard – aujourd’hui. Combien d’occasions avons-nous manquées, en tant que religieux consacrés, parce que nous n’avons pas répondu à cette urgence divine d’aujourd’hui? Dans la tradition salésienne, nous avons été encouragés par saint Jean Bosco, dans le cadre de l’accompagnement des jeunes, à entrer avec eux par la porte principale de leur maison, mais à sortir par la porte arrière de notre maison avec eux. En bref, nous devons commencer là où en sont les jeunes et cheminer avec eux afin qu’ils rencontrent le Seigneur et demeurent avec lui pour pouvoir écouter l’appel de leur cœur.

Ce qui est essentiel pour les jeunes qui discernent leur vocation, c’est qu’en tant que religieux consacrés, nous prêchions par l’exemple. Plus que jamais, les jeunes ont besoin de témoins de l’Évangile. Comme l’écrit le pape saint Jean-Paul II :

L’homme contemporain croit plus les témoins que les maitres, l’expérience que la doctrine, la vie et les faits que les théories… le témoignage de la vie chrétienne est aussi irremplaçable[43] [Il continue]  il proclame la Bonne Nouvelle non seulement par ce qu’il dit ou ce qu’il fait, mais par ce qu’il est.[44] … [Ensuite] On est missionnaire avant tout par ce que l’on est, en tant que membre de l’Eglise qui vit profondément l’unité dans l’amour, avant de l’être par ce que l’on dit ou par ce que l’on fait.[45]

Ce qui est le plus important pour « éveiller la foi chez les jeunes, ce n’est pas la pression que nous mettons sur les jeunes pour qu’ils aiment Dieu, mais l’amour dont nous faisons preuve à leur égard. »[46]

  1. 6. Zachée se hâta de descendre, et le reçut avec joie … Voyant cela, tous murmuraient… Mais Zachée se tint devant le Seigneur (Lc 19,6-8)

À plusieurs égards, ce tableau de Zachée nous offre une vue d’ensemble du parcours vocationnel. L’enthousiasme initial est souvent suivi d’obstacles et de tentations qui cherchent à faire dérailler les jeunes de leur parcours vocationnel. Des voix négatives de plainte s’élèveront, et elles viendront de l’extérieur – amis, connaissances et même famille – comme de l’intérieur – les doutes qui habitent les jeunes. Là, il faut que nous fassions une distinction entre la voix négative et la voix prophétique. La voix négative aura sa source ailleurs qu’en Dieu et éloignera les jeunes de Dieu, suscitant des sentiments de découragement, d’indignité et de doute. La voix prophétique ne prive jamais le jeune  de l’espoir car tout en mettant le jeune en question, il indique la possibilité d’une nouvelle voie à suivre. À ce moment-là, une question simple doit être posée : cette voix négative vient-elle de Dieu ? Conduit-elle vers Dieu ? Ou bien vient-elle d’une autre source et m’éloigne-t-elle de Dieu ? Pour le directeur spirituel, discerner une vocation en période de changement comporte une difficulté supplémentaire, car les jeunes vivent déjà des mutations en murissant dans leur foi et leur parcours vocationnel. Si notre tâche consiste à les ramener vers leur cœur, où ils vivent l’expérience d’être aimé par Dieu, alors il faut que nous sachions aussi ce qui les éloigne de Dieu. 

Nous arrivons là à l’un des éléments de l’accompagnement vocationnel : le discernement. Le terme « discernement » est souvent mentionné dans les cercles religieux, mais sans doute devrait-il être toujours préfacé par le terme « prière ». Il est important de rassembler des informations, de réfléchir sur celles-ci et d’en débattre, mais la condition sine qua non, c’est de les intégrer dans la prière personnelle et communautaire, parce que les voies de Dieu ne sont pas nos voies, les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées (Is 55,8). Planifier des évènements, élaborer des stratégies, organiser et établir un plan d’action, est-ce que tout cela entraînera un renouveau de la vie religieuse ? Les décisions dans la vie religieuse sont-elles purement rationalistes quand l’accord se base sur le plus petit dénominateur commun? Mais surtout, que devient la voix de la prophétie dans les réunions communautaires ? Jésus a-t-il agi selon le «  principe démocratique »  quand il a réuni ses disciples pour discerner la volonté du Père ? S’il avait écouté le consensus du groupe, aurait-il pris le chemin de la croix?  Il s’ensuit que le discernement communautaire est aussi bon que la prière personnelle de ceux qui sont réunis. Le discernement dans la prière est un défi majeur à la vie religieuse aujourd’hui. Ce discernement dans la prière est ancré dans la prière personnelle et communautaire qui nous permet de « tenir » sur le Christ, le roc. S’il n’en est pas ainsi, personnellement et dans nos communautés, comment pouvons-nous accompagner des jeunes dans leur parcours vocationnel pour découvrir le terrain sur lequel ils se tiennent ?

  1. 7. « Voici, Seigneur, je donne aux pauvres la moitié de mes biens, et, si j’ai fait tort de quelque chose à quelqu’un, je lui rends le quadruple. » (Lc 19,9)

Ce que l’histoire de Zachée nous illustre, comparée à l’histoire du jeune riche (Mc 10,17-31),  c’est que notre cœur ne peut être transformé que par l’activité du Saint Esprit. C’est vivre l’incitation paulinienne : « Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence afin de discerner la volonté de Dieu et ce qui est bon, agréable et parfait. » (Rm 12,2).  Si une rencontre avec Jésus est essentielle pour le chemin de la foi et le discernement vocationnel,  elle n’est pas en soi suffisante. Prenez par exemple les apôtres.  Même après leur rencontre avec le Seigneur Ressuscité, ils n’ont pas été transformés, mais il leur a été dit : «  Restez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la puissance d’en haut » (Lc 24,49). Les Actes des apôtres donnent donc témoignage de leur transformation quand ils sont revêtus de l’Esprit.

Si discerner les « voix négatives » pour voir si elles viennent de Dieu ou d’une autre source est essentiel au discernement,  identifier et vivre les inspirations de Dieu l’est encore plus. Comme dit saint François de Sales, c’est le chemin le plus raide vers la sainteté.[47] Tout en aidant les jeunes à identifier les inspirations de Dieu qui parlent à leur cœur, nous devons aussi lire les signes des temps, là où l’Esprit souffle aujourd’hui. Où identifierons-nous les inspirations qui sont à l’œuvre dans la communauté aujourd’hui ? Le déclin dans la vie religieuse est-ce simplement une conséquence du déclin de la pratique religieuse en général ou est-ce un « signal d’alarme », comme nous le rappelle le pape François ? Contrairement aux ordres religieux établis, nous trouvons qu’il y a un nouveau printemps dans plusieurs mouvements laïcs qui naissent, avec de nouvelles formes de vie religieuse. Prenez par exemple FOCUS[48] qui a comme champ de mission les campus universitaires ; Youth2000[49] qui est engagé dans un ministère par des pairs auprès des jeunes; Pure-in-Heart[50] qui encourage les personnes à vivre l’enseignement de l’Église en matière de sexualité au milieu de la « dictature du relativisme moral » (pape Benoît XVI).  Autrefois domaine réservé à la vie consacrée, les mouvements de jeunes laïcs répondent aux besoins des jeunes sur le terrain suscitant des vocations au mariage chrétien ou au célibat engagé, devenant en fait des tributaires qui affluent aussi dans la vie consacrée. À mesure que la vie religieuse entre apparemment dans une saison automnale, de nombreux mouvements laïcs connaissent un nouveau printemps au sein de l’Église.  Comment la vie consacrée peut-elle répondre de façon créative à ces mouvements ? Sommes-nous invités à un nouvel esprit de coopération? Étant habitués à agir d’une position de pouvoir et d’influence, comment nous sentons-nous à assumer un rôle ancillaire quand nous sommes au service de ces mouvements laïcs ?

La vie religieuse, en tant qu’institution, est interpelée par ces mouvements qui offrent une critique prophétique à nos institutions. Quand une organisation cherche à s’auto-promouvoir et à défendre le statu quo, elle finit par se concentrer sur l’entretien plus que sur la mission. Comme souligne Mc Laren :

Quand les institutions nous déçoivent, les membres d’une communauté surgissent, s’organisent et confrontent ces institutions en formant un mouvement. Les mouvements, pourrions-nous dire, existent pour proposer un changement positif aux institutions. Les mouvements organisent les personnes pour exprimer ce qui ne va pas dans les institutions actuelles et proposer ce qui devrait être fait pour que les choses aillent bien[51] […] Les mouvements peuvent couver aux marges pendant des années, frappant à des portes qui ne sont jamais ouvertes. Mais parfois, un responsable institutionnel ouvre une de ces portes. Quand une porte s’ouvre et que les responsables des mouvements et les responsables institutionnels peuvent commencer à collaborer, une percée a lieu.[52]

Si nous devons être remplis et guidés par l’Esprit, alors les jeunes ne nous demanderont pas de faire des changements cosmétiques, mais un renouveau authentique. C’est la vie intérieure, non simplement l’extérieur, de la vie religieuse qui subit une transformation profonde. La vie religieuse est à un carrefour marqué par la grâce où l’invitation de Dieu à choisir la vie est une fois de plus révélée.[53] Les jeunes que nous accompagnons dans leur parcours vocationnel « sont, plus que nos cibles, des participants à la mission de Dieu! »[54] Nous ne pouvons pas attirer les jeunes pour une question de survie, il faut qu’ils découvrent authentiquement à quoi Dieu les appelle. Aujourd’hui plus que jamais, nous le religieux sommes invités à un esprit de coopération entre nous et avec les mouvements laïques. Nous sommes appelés à cette coopération non simplement parce que cela est nécessaire d’un point de vue pragmatique, mais parce que cela permet un échange d’énergies qui « est le seul antidote à l’entropie, à la décadence lente et inévitable et à la mort des systèmes clos. »[55]

  1. Le salut est entré aujourd’hui dans cette maison, … Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. (Lc 19,10)

Les jeunes ne sont pas un groupe homogène : certains sont comme Zachée avant sa rencontre avec Jésus, sentant vaguement qu’il leur manque quelque chose et cherchant quelque chose de plus ; d’autres, comme Zachée, ont rencontré le Seigneur, mais  comme le terrain n’a pas été préparé, ils ne sont pas bien enracinés ; et d’autres encore sont comme Zachée qui a cheminé avec le Seigneur, et ils sont envoyés par Lui. Ce sont ces jeunes engagés qui nous interpellent aujourd’hui. Leur enthousiasme, leur idéalisme, leur désir de partager le Seigneur avec d’autres met en question le cynisme de ceux parmi nous qui se sont installés dans une vie confortable. Ils ne suivent pas le courant parce qu’ils ont reçu une nouvelle vie. «  Seul un poisson vivant peut nager à contre-courant, ceux qui sont morts vont dans son sens » (G.K. Chesterton). Ils éveillent en nous notre appel originaire :

En vous appelant, Dieu vous dit: « Tu es important pour moi, je t’aime, je compte sur toi ». Jésus dit ceci à chacun de nous ! C’est de là que naît la joie ! La joie du moment où Jésus m’a regardé. Comprendre et sentir cela est le secret de notre joie. Se sentir aimé de Dieu, sentir que pour Lui nous ne sommes pas des numéros mais des personnes; et sentir que c’est Lui qui nous appelle. [56]

 

Avant, j’ai posé la question : les religieux consacrés sont-ils un sycomore pour les jeunes ? Je voudrais maintenant reformuler cette question et demander : les jeunes engagés sont-ils un sycomore pour la vie consacrée ? Qu’est-ce que le Seigneur nous enseigne à travers eux ? À maints égards, les jeunes ont redécouvert les vérités essentielles que nous avons négligées ou que nous n’avons pas pleinement appréciées. Il n’y a pas de doute que ces mouvements jeunes nous appellent à renouveler le sens de dévotion et rendre honneur à l’Eucharistie et à Marie. À maints égards, c’est l’accomplissement de la vision de saint Jean Bosco quand il a vu l’Église du futur comme un bateau naviguant sur des eaux troubles, guidé par le pontife à travers les deux piliers de l’Eucharistie et de Marie. C’est revigorant d’observer la grande révérence que ces jeunes ont pour l’Eucharistie et leur soif de passer du temps en adoration eucharistique. Pourquoi l’adoration est-elle si importante pour ces jeunes ?  Peut-être est-ce une des rares expériences qui est offerte à nous tous où l’attention n’est pas sur nous-mêmes mais sur l’autre, sur Jésus, sur Dieu. L’adoration nous décentre et remet Dieu au centre.  Pour les jeunes, qui ont grandi dans un monde où règnent l’individualisme et les intérêts personnels, cela est particulièrement important. Nous pouvons commencer à comprendre que nous sommes appelés à entrer en communion avec Dieu et avec les autres. C’est dans ce dialogue à cœur ouvert avec le Seigneur, qui est réellement présent dans l’Eucharistie, que l’œuvre de transformation a lieu.

Quand nous laissons que Dieu nous trouve, nous ne pouvons que chanter sa miséricorde. Cela est vrai pour Zachée. Son chemin avec le Seigneur lui a conféré le don d’une nouvelle vie qu’il veut partager avec les autres. Il n’a plus besoin de s’accrocher aux possessions matérielles pour compenser, car maintenant il se sent aimé par Dieu. Y a-t-il un appel fondamental pour nous, les religieux consacrés, dans cette histoire? Nous ne sommes que trop conscients de la diminution de la vie religieuse dans l’hémisphère Nord aujourd’hui où « nous assistons souvent à une « apologie du déclin »… la diminution des nombres et des symboles a suscité un sentiment d’incertitude et de dépaysement. »[57] Or, si la pratique religieuse diminue pourquoi la vie religieuse devrait-elle augmenter? Il y a des problèmes évidents lorsque les communautés vieillissent et que le nombre de jeunes religieux diminue. Et pourtant, je pense aux propos de Léon Bloy qui a déclaré:

L’homme a dans son pauvre cœur des endroits qui n’existent pas encore mais où la douleur entre afin qu’ils soient.

Est-ce une description pertinente de la vie consacrée aujourd’hui alors que nous entrons plus profondément dans le mystère pascal? De quelle manière sommes-nous devenus riches et sommes-nous appelés comme Zachée à laisser aller? En fin de compte, il ne s’agit pas de tenir mais de transmettre. Que devons-nous transmettre ? Que devons-nous abandonner si nous voulons vraiment transmettre ce qui donne la vie à la jeune génération d’aujourd’hui?

[1]Elizabeth de la Trinité, J’ai trouvé Dieu, Œuvres complètes vol. 1.

[2] “The Future of Love: A reading of Pope Benedict’s Deus Caritas Est” dans John Milbank, The Future of Love: Essays in Political Theology (USA: Cascade Books, 2009), 366. En réalité, le pape émérite Benoît XVI fait le commentaire suivant : « Dieu a choisi toute l’humanité pour son amour ; plus précisément, il a élu Israël, puis Marie et l’Église. Celle-ci est l’Épouse de Dieu le Fils.» Deus Caritas Est, n. 10.

[3] Version originale de Traité sur l’amour de Dieu de saint François de Sales, ch. 5.

[4] Saint Jean de la Croix, Le Cantique spirituel, strophe 1, versets 7 et 8

[5]François Corrignan, The Spirituality of St Francis de Sales: A Way of Life (Bangalore: S.F.S Publications, 1992),12.

[6]Sainte Élizabeth de la Trinité, Œuvres complètes, vol. 1

[7]Jean-Marie Howe, Le secret du cœur. L’être spirituel.

[8]Parker J. Palmer, Let Your Life Speak: Listening for the Voice of Vocation (San Francisco: Jossey-Bass, 2000), 4.

[9]Ibid, 3.

[10]W. M. Wright and J. F. Power. Trans. Péonne Marie Thibert. Francis de Sales and Jane de Chantal: Letters of Spiritual Direction (New York: Paulist Press, 1988), 112.

[11]Lettre à Madame la Présidente Brulart, juin, 1607, Œuvres Édition Annecy XIII: 289-292. Ci-après, OEA.

[12]OEA V : 165.

[13]OEA IX : 343.

[14]Ep 2,10.

[15] Pape François, Messe chrismale, 28 mars 2013.

[16]Joie de l’Évangile, n. 47.

[17] Philippe, Du temps pour Dieu, 46.

[18] À propos de comment le directeur spirituel peut bénéficier de la divulgation de la recherche psychologique contemporaine, voir, Carolyn Gratton, The Art of Spiritual Guidance (Bangalore: Claretian Publications, 1996).

[19] Pascual Chavez Villanueva, Come and See, The Need for Vocation Ministry in ACTS, 409, (Rome: 2011)

30.

[20] M.P. Gallagher, Clashing Symbols: An Introduction to Faith and Culture (London: Darton-Longman-Todd, 2003), 130-1.

[21] Cf. Daniel O’Leary, New Hearts, New Models: A Spirituality for Priests (Dublin: Columbia Press, 1997), 22.

[22] D. Tacey, The Spirituality Revolution: The emergence of contemporary spirituality (Hove and New York: Brunner-Routledge, Taylor & Francis Group, 2004), 179.

[23] D. Walsh, After Ideology: Recovering the Spiritual foundations of Freedom (Washington, D.C.: The Catholic University of America Press, 1990), 99.

[24]L’étude (2001-2005) a été réalisée par Christian Smith, Melinda Lundquist Denton et leurs confrères auprès de l’Université de la Caroline du Nord.

[25]Christian Smith et Melanie Lundquist Denton, Soul-Searching (USA: Oxford University Press, 2005), 262.

[26] Kenda Creasy Dean, Almost Christian, USA: OUP, 2010), 10.

[27]Ibid,77.

[28] Pascual Chavez, Actes du Conseil général, ‘Da Mihi Animas, Cetera Tolle’; Identité charismatique et zèle apostolique, Roma, Direzione Generale Opere Don Bosco, n° 394 (juillet-septembre 2006), 9.

[29] P. Patrick Hennessy SDB, ‘Salesian Youth Ministry in Ireland Today within an European Context’ dans Journal of Salesian Studies 15 (2007), 136.

[30] Ignacio Larrañaga ofm Cap, Sensing Your Hidden Presence: Toward Intimacy with God (Quebec, Editions Paulines, 1992), 25.

[31] John Henry Newman fait la distinction entre une valeur dont on prétend qu’elle est importante (valeur notionnelle) et une valeur que nous vivons au quotidien (valeur réelle).

[32] Aloysius Rego, Holiness for all: Themes from St Therese of Lisieux (Oxford: Teresian Press, 2009), 100.

[33]« Il n’y a pas de doute que si nous donnons à Dieu notre temps, nous pourrons trouver du temps pour les autres aussi. En prêtant attention à Dieu, nous apprenons à prêter attention aux autres. La prière nous donne la grâce de vivre chaque instant de la vie avec de plus en plus de fécondité. » Jacques Philippe, Time for God (London: St Paul’s, 2005), 30.

[34] Thérèse d’Avila : « L’oraison n’est, à mon avis, qu’un échange intime d’amitié où l’on s’entretient souvent seul à seul avec ce Dieu dont on se sait aimé. »  Vie, chap. 8 par.5

[35]Saint Jean-Paul II, Vita Consecrata, n. 94.

[36] Ignacio Larrañaga ofm Cap, Sensing Your Hidden Presence: Toward Intimacy with God (Quebec, Editions Paulines, 1992), 27-28.

[37] Saint Bernard,  Commentaire du Cantique des cantiques.

[38]La joie de l’Évangile, n. 3.

[39] Le pape saint Grégoire le Grand, Homélie 25.4-5, dans Office divin III, 121*.

[40] Pascual Chavez Villanueva, Venez et vous verrez, 32.

[41] P. Louis Grech SDB, Salesian Spiritual Companionship with Young People Today Inspired by the Praxis and Thought of St John Bosco, Malta University, Mémoire de doctorat non publié, 2017.

[42] François de Sales et Jeanne de Chantal, Lettres intimes : amitié et direction spirituelle.

[43]Redemptoris missio, 42

[44] Ibid, 11.

[45] Ibid, 23.

[46]Creasy, Almost Christian, 120.

 

[47]Voir “Graced inspirations” dans Eunan Mc Donnell, The Concept of Freedom in the Writings of St Francis de Sales (Berne: Peter Lang, 2009), 280-301.

[48] FOCUS (Confrérie d’étudiants catholiques universitaires) est une organisation laïque qui forme des jeunes adultes au ministère du campus afin d’évangéliser d’autres étudiants à travers une multiplication spirituelle – c’est-à-dire qu’un étudiant apprend à se lier d’amitié avec un petit groupe et ensuite, chaque membre de ce groupe se lie d’amitié et forme un autre étudiant ayant ainsi un effet de propagation. www.focus.org

[49]Youth 2000 est une initiative spirituelle créée pour attirer des jeunes à travers Marie vers une union profonde et durable avec Jésus-Christ, surtout dans l’Eucharistie, « source et sommet de la vie chrétienne ». En bref, c’est une porte ouverte aux jeunes qui les mène à la vie de tous les jours de l’Église www.youth2000.ie

[50]Dans un monde où le sexe est souvent considéré comme une activité récréative plus qu’une expression du don de soin,   Pure-in-heart vise à éduquer les jeunes, à les inspirer et à leur donner les moyens de vivre la théologie du corps afin qu’ils puissent apprécier leur sexualité comme un don. www.pureinheartireland.com.

[51] Brian D. McLaren, The Great Spiritual Migration: How the Worlds’ Largest Religion is Seeking a Better Way to be Christian (London: Hodder & Stoughton, 2016), 141.

[52]Ibid, 143.

[53]Ted Dunn, Journey of Transformation: Challenges offered by “Younger” members, submitted to ‘InFormation’ (March 2017), 3.

[54] Creasy, Almost Christian, 97.

[55] Dunn, Journey of Transformation, 10-11.

[56] Pape François, Réjouissez-vous : Lettre circulaire destinée aux consacrés et consacrées (2014), 4.

[57]Nicla Spezzati, ASC, La vie consacrée dans l’Église particulière : une réflexion ecclésiologique en cours présentée à la réunion internationale pour les vicaires épiscopaux et les délégués pour la vie consacrée, 28-30 octobre 2016.