La gratuité dans la vie communautaire

Publié par jeunescathos le 17 mars 2016 – A la Une, Journal d’une jeune religieuse, Vocations

Tous les deux mois, Anne-Catherine, 31 ans, « JP » du Cénacle, évoque dans le Journal d’une jeune religieuse ce qu’elle vit dans la vie religieuse. Aujourd’hui, elle nous rappelle l’importance de la gratuité vécue au quotidien.

Qu’est-ce que la gratuité ?

Pour commencer, quelques exemples simples cueillis au fil du quotidien qui illustrent bien ce que peut être la gratuité dans la vie quotidienne en communauté : quand je prends le temps de boire une tisane avec ma sœur pour discuter « pour rien » si ce n’est le goût d’échanger des nouvelles, de me reposer et m’arrêter alors qu’il y a encore (et toujours !) à faire, de préparer un petit bouquet pour accueillir une sœur de retour à la maison, ou quand l’une d’entre nous se rend disponible pour rendre un service sans rien attendre en retour, quand elle cuisine un bon gâteau pour le plaisir de nous faire plaisir,  quand ensemble nous choisissons de passer la soirée à jouer ou regarder un film pour la joie simple d’être ensemble, quand nous nous offrons des échos de notre prière lors d’un partage avec la Parole de Dieu…

Il y a finalement plein de petits exemples, assez ordinaires. Et Dieu merci, ça n’est pas réservé à la vie religieuse en communauté ! Chacun(e) de vous a sûrement quelques situations vécues qui lui viennent en mémoire, des moments, des attitudes qui apportent au quotidien une petite touche de « don », d’amour sans calcul !

La gratuité du geste

Cela me fait penser à un passage de l’évangile, l’onction de Béthanie (qui nous est offert à méditer bientôt, comme chaque lundi saint) : Marie, une amie de Jésus, prend un flacon de parfum de grande valeur et le verse sur les pieds de Jésus au cours d’un repas, « l’odeur du parfum remplit la maison ». Vous connaissez la suite : Judas manifeste au nom d’un soi-disant gaspillage, mais Jésus invite à changer de regard en faisant l’éloge de ce geste rempli d’amour (cf. Jean 12,1-11). Son geste est à la fois inutile et de grande valeur… cela sent bon !

« Etre », plutôt que « faire »

Il me semble aussi que la gratuité est vitale, c’est-à-dire nécessaire pour la vie ! Sans doute précisément parce qu’elle est paradoxalement improductive et infiniment précieuse. Elle vient casser le rythme habituel souvent marqué par la rapidité, l’efficacité, la valeur marchande des choses, pour nous remettre face à l’essentiel de notre humanité : être plutôt que faire, aimer en actes et pas seulement en pensée.

A contre-courant de la « rapidacion »

Mais c’est sûrement plus facile à écrire qu’à vivre ! Certes, je pense que le scoutisme, qui m’a façonnée dès mon enfance, m’a sensibilisée très tôt à cette gratuité dans le vivre ensemble, au souci de m’y exercer dans les petites choses du quotidien sans attendre d’être un super héros ! … Mais aujourd’hui, pourquoi n’est-ce pas si facile pour moi et pour beaucoup d’entre nous ? Parce que la mentalité actuelle ne nous encourage pas souvent à donner sans compter, parce que la vie nous presse de toute part et qu’il n’est pas si facile de ralentir, de lever le pied, d’être à contre-courant de la « rapidacion » (cf. Pape François, Laudato si n°18). Mon choix de vie religieuse aujourd’hui ne me met pas à l’abri de ces tendances, mais il m’aide certainement à ne pas perdre de vue cet appel profondément évangélique :